Ingo della Volta

marchand génois au XIIesiècle

vue de la ville médiévale de Gênes
Vue du port à la fin du Moyen Âge

Ingo della Volta était noble. C'était un condottiere génois qui, au cours du XIIe siècle, fut à la tête d'une des factions qui dominèrent la commune consulaire de Gênes et qui contribua de manière déterminante à l'expansion de Gênes outre-mer.

Biographie

Quand, à Gênes, le pouvoir passa du comte à l'évêque la famille della Volta profita de fiefs et de privilèges parmi lesquels une exemption, en date de 1120, d'une taxe de 10% dite « dixième de la mer » sur les importations des marchandises débarquées sur les quais du port de Gênes. Ces années-là s'impose Ingo (surnommé aussi Ingo le Grand) en véritable maître de la ville : nommé plusieurs fois consul, étroitement apparenté aux familles les plus importantes (Spinola, de Castro) et probablement aussi avec Caffaro di Rustico di Caschifellone, il s'adjugea de nombreux privilèges y compris les adjudications du sel et du comptoir de la monnaie. Il tira profit de la suprématie commerciale et militaire de Gênes sur les autres puissances de la Méditerranée et, souvent en lien avec d'autres familles allièes, il réussit à développer d'importants trafics avec les différentes places du commerce méditerranéen. Son pouvoir dans la ville fut violemment combattu par d'autres familles au point de susciter des conflits et de véritables batailles entre les partis qui causèrent plusieurs deuils dans la famille.

Dès 1044 déjà, son grand-père Ingo Ier, lui-même neveu de Conrad1, s'était distingué comme citoyen influent. Son fils Oberto, premier à porter le nom de della Volta, père de Ingo II, est élu consul en 1080. En tant que vicomte il est sous la juridiction de l'archevêque dont il administre les biens et dont il se déclare le vassal. Il siège en tant que consul en 1134 et 1139. En 1139 le Rex Romanorum Conrad III octroie à la ville le droit de frapper monnaie et Ingo en 1141 en devient l'adjudicataire. En 1151 il s'attribue en commun avec d'autres le lucratif monopole de la vente du sel pour 810 lires seulement.

église San Torpete
L'Alcazaba, forteresse dominant la
ville d'Alméria fut construite par le
calife omeyyade Abl-al-Rahman.
Conquise en 1147 par Alphonse VII,
elle ne fut tenue qu'une dizaine
d'années avant d'être reprise par
les Almohades et, plus tard,
intégrée au royaume de Grenade.

En 1146 il se lie par serment avec d'autres et avec le roi Alphonse VII de Castille en vue d'attaquer le port très important d'Alméria au sud de l'Espagne d'où les Arabes exerçaient une importante activité commerciale qui se révélait en concurrence avec les ambitions génoises. La guerre est donc déclarée contre les Maures qui dévastent l'Espagne. Le consul Ingo assume la charge d'« Amiral » et part en 1147 pour Alméria où il remporte de grandes victoires célébrées par les chroniqueurs. La même année sa femme Julie et lui marient une de leurs filles à Falcone de Castro Castello et une autre, Sybille, à Oberto Spinola. Les de Volta et les de Castro formaient, avec l'alliance des Spinola, une des deux factions qui se disputaient âprement le contrôle de la ville avec la faction adverse des Avvocato. La paix n'intervint que beaucoup plus tard grâce à la médiation d'un membre de la famille della Volta nommé archevêque de Gênes en 1163 et mort en 1188.

Ingo s'allia par traité avec le roi de Sicile en 1157 et assuma une ambassade auprès de Frédéric Barberousse en 1165.

église San Torpete
Église San Torpete reconstruite
au XVIIIe s. dans le style baroque.

En 1150 les della Volta commencèrent la construction de l'église de San Torpete2. Le 4 octobre 1154, dès que Gênes eut conquis Tortosa, Raymond Bérenger IV octroie à Boniface della Volta, fils d'Ingo II, en fief héréditaire sans retour le château et le territoire de Flix3 (les Cattaneo de Naples portent toujours le titre de seigneurs de Flix).

Selon G. Airaldi4, ce grand consortium familial (les de Volta) qui comptait dans ses rangs des consuls, des archevêques, des guerriers, des diplomates et des armateurs et dont Ingo II était le patriarche, étendit son réseau commercial, pendant la décennie 1154-1164, du Maroc à la Catalogne, de la Sicile à Byzance en tenant tête avec succès et avec le concours de ses alliés à ceux qui complotaient des machinations pour compromettre son pouvoir. Et c'est bien à eux, les de Volta, que Caffaro5 attribue le mérite d'avoir tiré la ville d'un long sommeil.

En 1154 avec les Burone, les Usodmane et les Vento, les della Volta ont le monopole du commerce avec la Syrie. Les marges sur les gains engendrés par ce commmerce sont énormes. En 1161 Ingo est consul et ambassadeur auprès de Frédéric Barberousse et il signe la paix de Pavie entre l'Empereur et la République. Il aurait adopté à cette occasion le nom de Cattaneo en souvenir de la dignité de Cattaneo6 que l'Empereur lui octroya. A partir de cette période les luttes et les rixes entre les différentes familles rivales d'exacerbent. Le fils d'Ingo II Marchio, après avoir été consul, est assassiné en 1164 par un groupe de mendiants pendant qu'il surveillait les vendanges dans sa propriété de Valpolcevera5. En 1169 un autre fils d'Ingo, Jacopo, est tué au cours d'une bagarre en ville. En 1169, on créa un corps de gardes et les consuls mobilisèrent 600 hommes pour surveiller maisons et tours parmi lesquelles celles d'Ingo, place de San Lorenzo, point chaud des rixes.

[Cette biographie est extraite de Wikipédia, version italienne, traduite par Chantal Rérolle-Nomen, 2018.]

Notes :
1. Conrad III de Hohenstaufen (1093-1152) : bien qu'élu empereur du Saint Empire romain germanique, ne fut jamais couronné ; par contre, couronné Roi de Rome, il utilisera ce titre. Lui succédera son neveu, Frédéric Barberousse.
2. Torpete, Torpè, Torpezio, Tropez vivait au temps de Néron, converti au christianisme, soumis à différentes tortures puis décapité en 68. Son corps fut abandonné sur une barque avec un coq et un âne à l'embouchure de l'Arno et elle s'échoua sur le rivage d'Heraclea en Provence qui prit le nom de Saint-Tropez. A Gènes, l'église médiévale San Torpete, reconstruite est maintenant une église baroque.
3. Flix est une bourgade d'environ 4000 h. en Catalogne (province de Tarragone ainsi que Tortosa). Raimond Bérenger, dit le Saint, comte de Barcelone, avait reconquis cette région bordant l'Èbre sur les Maures en 1148.
4. Gabriella Airaldi est professeur d'histoire médiévale à l'université de Gênes.
5. Caffaro : Caffaro di Rustico da Caschifellone (vers 1080 – vers 1164), parfois appelé simplement Caffaro, fut un chroniqueur génois contemporain d'Ingo.
6. Cattaneo, certains des descendants d'Ingo firent de ce titre leur patronyme.
7. Valpocevera : vallée de l'arrière pays de Gênes, voie de passage à l'histoire mouvementée (Spinola, Caffaro et autres grandes familles de Gênes y possédaient des propriétés) ; elle est maintenant englobée dans l'agglomération génoise.